26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 06:30

 

 

Département :   19 - CORRÈZE

 

 

   Il y a des châteaux qui ont un aura très fort :

* Soit parce qu'ils ont été habités par un personnage célèbre,

* Soit leur construction est unique,

* Soit par leur situation incroyable,

* Soit leur histoire est sans équivalent,

* Soit ils furent les spectateurs impuissants de martyrs.

   Sans savoir pourquoi, depuis longtemps Ventadour faisait parti de mes rêves, mais n'étant jamais sur ma route, il devint presque mythique.
   Quand il y a 3 ans, il fut proche de ma destination de vacances, mon instinct de chasseur de ruines me fit faire un crochet pour l'immortaliser en photo.

 

 

 

Le bourg :

   Situation  (--> le voir sur une carte)

     La petite commune de Moustier-Ventadour est située à 6km à l'Est de Egleton et à 34km au Nord-Est de Tulle et à 50km à l'Ouest de Borg les Orgues.

     Le château est au bout d'une route sans issue dont l'itinéraire est bien indiquée par des panneaux. 

 

   Coordonnées :

45° 23′ 32″ N 02° 07′ 00″ E
 45.392222°  2.116667°

 

 

   Toponymie :

* L'origine d'un nom est parfois un "compromis", une évolution entre un patois local et une caractéristique géographique.

* C'est le cas ici.

* En langue Limousine, un Ventadour est une aire où le blé est battu.

* C'est donc un lieu avec un peu de vent. Le pic portant le château situé entre 2 rivières est très venté. Patois et climatologie ont défini le nom du site donc du château.

 

 

 

Le château

L'extérieur : 

L'arrivée

* Pour ressentir cette ruine, je décide d'arpenter à pieds ce mamelon rocheux en le contournant.

* Le château est perché à 592m d'altitude enserré par 2 ravins creusés par 2 petites rivières.

* Ces gorges sont si profondes qu'elles ont fait dire au Seigneur de Lévis Duc (voir titre de noblesse) de Ventadour, lors d'un entretien avec le Roi Louis XIV (voir liste des rois) :

 "Sir, toute la paille de votre royaume ne comblerait pas les fossés de Ventadour".

 

 
La découverte

* En découvrant le site, mon mot sera moins historique mais je me suis dit :

"Quel Château Sauvage !".

* Il est en ruine, (évidemment puisque j'y suis... D'ailleurs, avez vous remarqué que tous les châteaux que je découvre sont cassés..... pourtant je n'y suis pour rien ) mais il me parait fantomatique.

 

 

 Le plan

* Pour comprendre cette ruine, je m'inspire du plan réalisé par Mester de Parajd, architecte en chef des Monuments Historiques :

    B - Mur Bouclier Nord,

    C - Tour Carrée,

    E - Entrée Nord-Est,

    F - Éperon Sud-Est,

    H - Cour d' Honneur,

    L - Logis seigneurial,

    T - Tour Maîtresse,

 


1ère analyse

* Je suis surpris de la hauteur des murs qui pourtant ne comportent pas de créneau.

* Les remparts devaient être encore plus imposants il y a quelques siècles.

 

 

2ème analyse

* Le mur bouclier ne m'impressionne pas et je passe très vite devant pour arriver proche de la tour maîtresse.

* Certains historiens la nomment aussi donjon.

* Avec son faible diamètre, il ne devait pas être habitable et devait surtout servir de défense.

* Pour un château ayant été habité au 15ème siècle (et même après) je suis surpris de ne pas voir de bouche à feu, mais une simple archère droite (voir vocabulaire).

* Cette tour du 13ème siècle n'a pas évolué.

Quelle pureté !

 

 

3ème analyse

* Les murs ont perdu leur parement et laissent voir le remblai, qui est d'ailleurs très instructif.

* Quelques mètres plus loin, c'est l'entrée du château.

* Je suis surpris :

- Point de châtelet ni de fortification.

N'est ce qu'une poterne ?

* La porte est un peu isolée et vulnérable.

* Avant de découvrir l'intérieur, je longe les 150m de la façade Sud-Est.

 

 

       Y a t il une princesse à délivrer au bout du tunnel ?

L'intérieur :

Dans la cour d'honneur

* Évidemment, en franchissant la petite porte, je retrouve le donjon.

* Sa base en granit est du plus bel effet, mais c'est surtout l'ouverture en hauteur qui attire mon attention.

* Cette porte devait communiquer avec le chemin de ronde ce qui me donne une idée de la hauteur des remparts.

* Comme pour l'extérieur, les parements manquent sur de nombreux murs.

* Par un mur troué, je pénètre dans le logis seigneurial.

 

 

Le logis seigneurial

* Évidemment, point de lustre, de belle tenture et de plafond peint, c'est une suite de salles très ruinées qui font travailler mon imaginaire.

* Avantage d'une ruine : Il est aisé d'admirer le paysage à 360°.

 

 

La visite est terminée

* Il est temps de repartir.

Vais je passer par cet escalier ?

* Non, j'ai envie de revoir le donjon, qui m'offre un détail intéressant.

* Regardez bien le trou à mi-hauteur, ce devait être la porte au 13ème siècle accessible par une échelle amovible.

* Je vais maintenant m'éclipser par la poterne.

 

 

Le diaporama du château est ici - CLIC

 

 

 

  Histoire du château :

* Au 11ème siècle, un château est construit sur ce pog retiré.

* Au début du 12ème siècle, le château entend les chants et la poésie du nouveau Vicomte de Ventadour : Ebles II le Cantador. Il est vassal de Guillaume IX, Comte de Poitier, Duc d'Aquitaine et de Gascogne.

* Au milieu du 12ème siècle, la "renommée poétique" des sieurs de Ventadour (ou peut être est ce du au château ?) s'étend grâce au troubadour Bernart de Ventadour (Il serait, d'après la rumeur.... chuuuut... le bâtard d'Ebles II... chuuuut).

* A la fin du 12ème siècle, l'illustre troubadour Gaucelm Faidit remet à la Vicomtesse de Ventadour quelques belles chansons. (A-t-elle été séduite par ce chantre ?... L'histoire ne le dit pas... chuuut).

* En 1199, voulant récupérer les territoires non cédés par le Roi de France Philippe Auguste (voir liste des rois), Richard Cœur de Lion (qui se prévalait du titre de Duc d'Aquitaine) attaque le château. Mais Ebles IV, seigneur de Ventadour l'oblige a partir de son territoire.

* En 1337, la Guerre de 100 ans débute et va dévaster particulièrement le Limousin-frontière. Ce n'est pas l'armée "légal" qu'il faut redouter mais les "Routiers" hommes "sans foi ni moi" vendus au plus offrant.

* En 1350, Bernard de Ventadour participe activement à combattre les Anglais. Pour le remercier de ses actes de bravoure et d'attachement à la couronne de France, il lui est accordé des droits sur le château de Montpensier, près de Aigueperse.

* En 1360, le traité de Brétigny doit sceller une paix, mais les "Routiers" continuent leurs ravages.

* En 1379, un chef de bande nommé "Geoffroy Tête Noire" dont Froissart disait : "il est le plus cruel et le plus sauvage de tous", décide de s'emparer de Ventadour. Sachant que Pons Dubois, écuyer du vieux et sédentaire Bernard de Ventadour, est mal reconnu et peu payé, il le soudoie pour envahir sans résistance le château. L'ancien Seigneur de Ventadour se réfugie dans son château de Montpensier.

* Durant 10 ans, Ventadour est le siège de ces brigands qui dévastent le Limousin et l'Auvergne.(le château n'est plus un nid d'aigle mais .... un nid de faucon  ).

* Vers 1389, "Geoffroy Tête Noire" meurt après avoir reçu une flèche dans la tête.

* En 1389, Bernard de Ventadour récupère son château.

* Au milieu du 15ème siècle, Charles de Ventadour combat dans le Sud-Ouest pour chasser les Anglais de France.

* En 1422, Charles de Ventadour est nommé Chambellan du Roi, puis devint  Connétable.

* En 1445, Louis de Ventadour épouse Catherine de Beaufort et auront une fille, prénommée Blanche.

* En 1475, Blanche de Ventadour, héritière du Comté, épouse Louis de Levis.

* En 1578, Ventadour est élevé au rang de Duché (voir titre de noblesse).

* Au 18ème siècle, le vieux  château médiéval si peu confortable n'est habité que par un gouverneur et quelques serviteurs.

* Vers 1792, les révolutionnaire s'empare du château et e déclare "Bien National.

* Durant ces périodes troublées, le château est devenu une carrière de pierres.

* En 1840, le site est classé aux Monuments Historiques.

* En 1988, le Duc de Levis-Mirepoix et de San Fernando fait don du site de Ventadour à la commune de Moustier.

* A la fin du 20ème siècle, Robert Joudoux se prend de passion pour la ruine de Ventadour. Cet érudit s'active pour la faire revivre. Des travaux de consolidations ainsi que des fouilles sont réalisés.

* Au 21ème siècle, la découverte du site est payante. Mais il semble que de gros travaux limitent les jours d'ouverture et le nombre de visiteurs. Renseignez vous avant.

 

 

 

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commentaires

Pierrote 21/09/2017 19:05

Je me permets ici de remercier Messire Gérard (visiteur du 20/09/17) pour ses compléments historiques.

… Je retiens donc que le seigneur de Ventadour qui alla se battre à Mons-en-Pévèle était le vicomte Hélie de Ventadour (du début du XIVe siècle, en revanche, pas du XIIIe), ou alors son fils Ebles, peut-être.

… Quant à la puissance de la vicomté à cette époque, je ne faisais que la supposer avec les données en ma possession et ce qui me sert de neurones médiévaux pour la déduction !…
… Les explications de Messire Gérard me donnent un point de vue qui m’avait échappé : par ses problèmes internes, une vicomté (ou autre) peut être affaiblie au point de ne mie satisfaire les demandes du roi en hommes d’armes.
… J’avais toutefois laissé planer un doute sur cette « non-puissance » : tel seigneur n’envoyait point de gens d’armes mais payait pour compenser... ou « faisait moitié-moitié » ? Cela, je ne sais mie si je l’ai lu… j’avais extrapolé dans la parenthèse de mon commentaire !

… Et puis, comme vous me l’aviez répondu, Chevalier : mieux valait venir avec peu de soldats mais bien armés et entraînés, qu’avec moult de gens munis uniquement d’un pic ou d’une fourche et sans aucune idée du métier des armes, pour sûr ! (sauf que, il me semble que cette piétaille était fort utile dans les batailles… pour « faire écran », pour aller en 1ère ligne… si elle ne se faisait mie piétiner avant par la cavalerie trop pressée d’en découdre, comme cela est arrivé plus d’une fois !).

PS : je bats ma coulpe pour le troubadour. Emportée par sa poésie, sûrement, je croyais qu’il était seigneur de Ventadour… Du moins, il connut bien ce castel !

Gérard d'Alboy 20/09/2017 08:11

Il doit s'agir d'Hélie de Ventadour, vicomte au début du XIII° siècle. Cependant, de santé fragile, il transmet la vicomté à son fils Ebles mais celui-ci n'aura pas d'enfants. La vicomté revient donc à Bernard entre 1329 et 1332.
Cela ne veut pas dire que la vicomté n'était pas puissante, mais elle a sans doute été fragilisée par cette gestion.
Quant au troubadour, il ne porte ce nom que parce qu’il a vécu à Ventadour, mais il n'est pas membre de la famille des vicomtes.

Pierrote 10/10/2016 22:24

J’ai croisé un autre Ventadour durant mes lectures :
En 1304, pour la bataille de Mons-en-Pévèle, le vicomte de Ventadour (point n’ai son prénom) vint, aux côtés du roi de France Philippe le Bel, avec 20 hommes d’armes.
… Ce qui me fait déduire que la vicomté de Ventadour, à l’époque, n’était pas très puissante. Car dans le tableau de mon grimoire, le comte de L’isle Jourdain, par exemple, vint avec 40 hommes d’armes et 200 sergents (à moins que le vicomte de Ventadour n’ait point envoyé tous ses hommes, et qu’il ait versé quelques bourses d’écus à la place ?).

Le Chevalier Dauphinois 11/10/2016 19:43

* Dans l'ordre des titres de Noblesse, un Baron est inférieur à un Vicomte. Il est donc surprenant que ce dernier apporte moins de gens d'arme.
* Mais au Moyen Âge, certains Vicomtes ne possédaient pas leur Vicomté, c'était un "prêt" d'un Comte.
* Parfois, il est préférable de venir avec 20 hommes d'arme expérimentés que de nombreux paysans qui doivent s'acquitter de leur impôt.

Anne la Dauphinoise 03/06/2014 23:18

D'après tout ce que j'ai déjà pu lire, je pense qu'ils furent nombreux assez...
Mais ce n'est point le troubadour que j'ai retrouvé... malheureusement ! Plus guerrier était ce descendant au même prénom... Mais j'aime à croire que tous, après le troubadour, eurent à la fois
"l'instinct" guerrier et poétique !

Le Chevalier Dauphinois 04/06/2014 17:53



  Les hommes étant moins mon centre d'intérêt, j'avoue que lire de votre plume le résultat de vos recherche et les quelques personnages portant le patronyme du château m'étonnent toujours.



Anne la Dauphinoise 02/06/2014 21:33

En lisant du vieux-françois (le poème du Héraut Chandos sur le Prince Noir), je rencontre un comte de Ventadour qui fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers en 1356.
Je pense qu'il s'agit de Bernard de Ventadour que vous mentionnez dans votre historique en 1350.

Le Chevalier Dauphinois 03/06/2014 19:58



Je ne sais point si les Ventadour furent nombreux, mais retoruver le fameux Bernard me plaît bien.